Regardez cette falaise juste derrière moi, avec la Grande Arche qui plonge dans la mer, la lumière douce du matin et cette matière, la craie. Eh bien on se trouve à Étretat, en Normandie, en France, et c'est un des plus beaux paysages de France. La plupart des gens viennent ici, regardent, prennent une photo, puis ils repartent. Mais il y a un homme qui est venu ici et qui n'a pu repartir. Claude Monet est venu ici, revenu, puis revenu encore et encore. Et il a commencé à peindre ces paysages que vous avez derrière moi dans les années 1880. Il en a peint presque 50 versions différentes. La même falaise, les mêmes rochers, la même mer, mais à chaque fois avec une lumière différente. Alors, je me suis posé une question simple: qu'est-ce que Claude Monet voyait ici, que les autres ne voient pas ? Et qu'est-ce qui justifie qu'il ait eu besoin de venir et de revenir plusieurs fois et de peindre à chaque fois la même chose, mais différemment ? Bref, qu'est-ce qui disparaissait si vite qu'il était obligé de revenir encore et encore pour le peindre ? Et mon objectif aujourd'hui, c'est de vous expliquer pourquoi. On va le découvrir ensemble.
Et une fois que vous aurez compris, vous ne regarderez plus ces falaises et même les peintures de Monet de la même façon. Imaginez, vous êtes en haut de la falaise et sous vos pieds, vous avez la craie blanche qui plonge dans la mer grise. Le vent est doux, la mer est calme et juste à votre droite, vous avez cette forme immense. C'est la Porte d'Aval, une grande arche de pierres blanches qui plonge dans la mer. Les vagues l'ont creusé lentement au cours des milliers d'années qui se sont écoulées jusqu'à aujourd'hui. Et juste à côté, seuls dans l'eau, une aiguille de craie blanche, environ 50 mètres de haut. Et c'est l'aiguille, la fameuse. C'est l'un des plus beaux paysages de France. Et au XIXᵉ siècle, de nombreux peintres sont venus ici, non seulement pour l'admirer, mais aussi pour le peindre. Mais Monet, lui, n'est pas venu une fois. Il est venu, revenu, revenu, revenu, revenu, revenu, encore et encore pour peindre la même chose plusieurs fois. En réalité, il a peint Étretat des dizaines de fois. Et on peut se poser la question: pourquoi un grand peintre revient au même endroit pour repeindre la même chose ?
Il revient devant le même rocher, il connaît le paysage, il l'a même déjà peint, probablement qu'il cherche quelque chose. Eh bien la réponse est là, juste devant nous, mais il faut regarder un peu différemment. Alors, regardez avec moi. On va rester une journée entière et on va regarder fixer la même chose. Le matin, comme maintenant, la lumière est douce et dorée, la craie devient presque rose et tout est calme. À midi, le soleil est haut et la craie devient presque blanche. Elle est dure, elle est brillante et on pourrait penser que c'est même une autre falaise. L'après-midi, un nuage passe, la mer devient grise et l'arche devient sérieuse. Et quand la brume arrive, eh bien la falaise disparaît presque. Elle devient un fantôme doux, flou. C'est le même rocher et pourtant, ce n'est presque jamais le même. Et voilà la réponse. Voilà ce que Monet avait compris. Monet ne peignait pas la falaise, mais il peignait la lumière sur la falaise. Et ce qui est intéressant, c'est que la lumière, elle, ne reste jamais immobile. Elle change à chaque heure, à chaque nuage, à chaque saison. Et donc, un seul tableau ne pouvait pas suffire. Et c'est une des raisons pour lesquelles il revenait sans cesse ici peindre la même falaise.
Chaque fois qu'il revenait, ce n'était pas le même moment. C'était une autre lumière, donc une autre falaise et donc un autre tableau. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il ne revenait pas pour peindre le rocher, mais il venait pour peindre un moment. Ce moment, c'est un moment qui ne revient jamais. Donc, il a réussi à figer dans la peinture cette minute de ce jour qu'il a vécu. Petite chose avant de continuer. Si vous aimez parler d'art en français, j'ai créé un guide spécialement pour vous, avec une liste de mots et expressions simples à utiliser pour décrire une peinture, un tableau. Le but, c'est de pouvoir décrire un tableau et de parler de la couleur, des émotions, de la perspective. Le lien pour récupérer le guide est juste en dessous de la vidéo. Gardez-le pour la fin et maintenant, regardons de plus près ces falaises. Et c'est là que ça devient assez intéressant pour nous parce que Monet se trouvait exactement là où vous seriez aujourd'hui, au même endroit, là où des centaines, voire des milliers de visiteurs passent, prennent une photo, disent: Oh c'est beau, puis repartent. Monet, lui, restait. Il admirait le paysage. Il restait encore et encore, mais il ne regardait pas la même chose.
Le visiteur regarde le rocher, la falaise, et Monet, lui, regardait ce que la lumière faisait sur le rocher. C'est une différence qui est minime, qui est toute petite, mais selon moi, ça change tout. D'ailleurs, il y a une histoire qui est intéressante, une petite anecdote. L'écrivain français Guy de Maupassant connaissait bien Claude Monet et il connaissait bien la côte. Il venait ici de temps en temps pour regarder Monet peindre. Et il a raconté quelque chose de simple, bien sûr, avec ses propres mots, mais l'idée, c'est qu'il disait que Monet venait ici. Il observait les rayons de lumière sur la falaise, le soleil, les ombres. Et puis, en quelques coups de pinceau, il attrapait un rayon de lumière qui passait ou alors un nuage. On parle d'un rayon qui tombe, un nuage qui passe, des choses que le commun des mortels, que les personnes comme moi, comme vous, ne remarquent pas forcément. Et ça, ce talent, je pense que c'est quelque chose que l'on peut apprendre. Par exemple, la prochaine fois que vous êtes devant un paysage, ne regardez pas juste le paysage, mais essayez de comprendre ce jeu de lumière. Ne regardez pas seulement la chose, mais regardez ce que la lumière fait sur la chose.
Et c'est exactement comme ça, je pense, que Monet voyait le monde et soudain, tout devient un peu plus vivant. Imaginez un peu, vous êtes en haut de cette falaise et sous vos pieds, vous avez la craie et en face de vous, vous avez la mer Grise douce, le vent est doux et juste à côté de vous, vous avez cette chose. C'est une forme immense, une grande arche qui a été petit à petit creusée par la mer. Et c'est ce qui donne cette forme si particulière qu'on verra mieux un peu après. Mais il y a encore quelque chose d'autre, parce que ce que Claude Monet a trouvé ici, eh bien peut-être qu'il n'existe plus aujourd'hui. Ces falaises ne sont pas juste quelque chose que Claude Monet a beaucoup peint, mais c'est aussi là qu'une grande idée est née. Et c'est peut-être ça qui donne toute la beauté à notre histoire. Avant Étretat, Claude Monet peignait un paysage, puis un autre, puis un autre. Et en 1880, à partir du moment où il est arrivé à Étretat, eh bien il s'est concentré uniquement sur un sujet qu'il a peint, repeint, encore et encore. Le but est de garder le même sujet, de peindre la même chose, mais à des moments différents et avec une lumière différente.
Et cette idée, qui est de peindre une chose, mais à des moments et avec une lumière différente, eh bien c'est resté un peu sa marque de fabrique. Et il a continué à le faire, notamment avec ses fameuses meules de foin et même, bien sûr, la cathédrale de Rouen. Et aujourd'hui, on a des séries entières. C'est sa grande idée et tout a commencé ici, à Étretat. Alors, quand vous êtes ici, devant ces falaises, ces murs de craie blanche, vous n'êtes pas juste devant un paysage, certes très beau, mais vous êtes à l'endroit où l'un des plus grands peintres du monde a appris à voir les choses d'une de manière différente. Et je pense que c'est notamment pour cela qu'il venait et revenait encore et encore pour affiner cette idée. Et maintenant, vous le savez et une fois qu'on le sait, c'est difficile d'oublier. Ces falaises ne sont pas juste des cartes postales, fixes, mais ce sont des êtres vivants qui, avec la lumière, vont changer, vont s'animer. Cette lumière, elle est douce le matin, dure vers midi, parfois grise sous les nuages ou sous la brume. Et chaque tableau de Monet, c'est un seul de ces moments qu'il a réussi à figer pour l'éternité.
Alors, la prochaine fois que vous verrez un tableau de Monet, ça peut être une cathédrale, ça peut être des falaises, eh bien je pense que vous ne verrez plus jamais l'œuvre ou le tableau de la même manière. Et vous saurez ce qu'il regardait vraiment, donc pas la chose, mais la lumière sur la chose et surtout l'instant précisément avant qu'il disparaisse. Et c'est ça le secret non seulement de ces falaises, mais aussi de la France. On apprend à découvrir la beauté lorsque l'on apprend à voir les détails, à les comprendre. Si cette vidéo vous a donné envie de parler d'art en français, eh bien ça tombe bien, car je vous ai préparé un petit guide très court, deux pages, totalement gratuit avec le vocabulaire le plus utile pour parler de la lumière, des couleurs, des émotions qui peuvent transparaître d'un tableau. Le lien est juste en dessous de la vidéo. C'est gratuit et c'est fait pour vous. Vous êtes venus ici avec une question: Pourquoi Monet revenait-il sans cesse ici à Étretat, devant ces falaises ? Et maintenant, peut-être que vous repartez avec quelque chose de plus précieux qu'une simple réponse, vous repartez avec une façon différente de voir les choses.
Et c'est exactement ce que j'aime faire à travers ces vidéos, c'est vous montrer une façon de regarder, de voir la France différemment, de prendre plus le temps, de regarder les choses avec plus de profondeur, avec ce prisme culturel qui vous apporte, j'imagine, beaucoup plus de plaisir. Et si cette promenade à Étretat vous a plu, je vous invite à regarder une autre histoire sur un autre peintre, une autre couleur, une autre façon de voir les choses. L'histoire de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise. Et c'est là, dans ce petit village juste à côté de Paris, Auvers-sur-Oise, que Vincent Van Gogh, le peintre, a passé les dernières semaines de sa vie. Et là aussi, lorsque l'on regarde les champs, les rues, les maisons, on comprend aussi quelque chose d'encore plus profond sur l'art.