Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, un jeune Français traverse la Manche sur un navire de guerre. Autour de lui, des milliers de soldats alliés, venus de loin, prêts à se battre sur une terre qu'ils ne connaissent pas. Pour eux, la France est un pays à libérer, mais pour lui, c'est le pays qu'il a quitté quatre ans plus tôt. Lui ne vient Il n'a seulement libérer la France, il rentre chez lui. Quand on pense au débarquement, on pense surtout aux soldats américains, britanniques et canadiens. Mais ce matin-là, parmi les premiers hommes à débarquer sur Sword Beach, il y avait aussi 177 Français. Ils formaient la seule unité française à débarquer sur les plages normandes le 6 juin 1944. Et parmi eux se trouvait un jeune homme dont l'histoire va, je crois, vous marquer. Cet homme s'appelait Léon Gautier. Et restez bien jusqu'à la fin parce que je vais vous aider à retrouver l'endroit exact où Léon Gautier a enfin remis les pieds en France. En 1940, Léon Gautier a seulement 17 ans. Il est apprenti carrossier et il vit en Bretagne. Mais quand quand la guerre commence, il décide de s'engager dans la marine française.
En français, s'engager, ça signifie, ici, choisir volontairement de rejoindre l'armée. La marine est alors la seule partie de l'armée qui accepte des volontaires aussi jeunes. Quelques mois plus tard, l'armée allemande avance rapidement, très rapidement, et Léon participe à la défense de Cherbourg. Mais en juin 1940, la ville tombe et la France demande l'armistice. Pour Léon, la guerre ne peut pourtant pas s'arrêter là. Il traverse alors la Manche et rejoint l'Angleterre. Il quitte sa famille, sa maison, son pays, sans savoir quand ni même il pourra revenir. À Londres, il apprend qu'un général français appelé Charles de Gaulle tente de rassembler des volontaires. Ces hommes refusent d'accepter la défaite et veulent continuer le combat depuis l'étranger. Léon rejoint immédiatement les forces françaises libres. Il vient de perdre son pays et déjà, il ne pense qu'à une chose: y retourner. Pendant près de trois ans, Léon continue la guerre loin de la France. Il escorte d'abord des convois dans l'Atlantique, à bord du Gallois, puis il sert sur le Surcouf qui est l'un des plus grands sous-marins de son époque. Mais Léon veut se rapprocher du combat et surtout de la France. Puis, en 1943, il apprend qu'une unité très particulière recherche des volontaires.
Cette unité est dirigée par un officier français, Philippe Kieffé, et ces hommes sont intégrés au commando numéro 4 de l'Armée britannique, mais ils forment ensemble comme un bataillon français. Léon se porte volontaire, commence alors un entraînement extrêmement difficile, notamment dans les Highlands d'Écosse, et les hommes apprennent à courir avec des sacs de près de 40 kilos sur le dos. 40 kilos, imaginez un peu. Ils avancent dans la boue, le froid, la pluie. Ils apprennent à débarquer sous le feu ennemi, à franchir des obstacles et à continuer, même quand certains hommes tombent autour d'eux. Ils sont 177. Ils viennent de milieux très différents. Certains étaient instituteurs, d'autres ouvriers, banquiers, étudiants aussi, mais ils partagent tous la même idée. Un jour, ils rentreront en France, pas comme des soldats étrangers envoyés dans un pays inconnu, mais comme des Français revenant sur le sol français. Et jusqu'au dernier jour, ils ne savent même pas exactement où ils vont débarquer. Le matin du 6 juin, les Britanniques accordent à ces hommes un privilège hautement symbolique. Sur ce secteur de la plage, les deux barges qui transportent les Français sont autorisées à passer devant les soldats britanniques. Les Alliés veulent que des Français soient parmi les premiers à retrouver le sol de leur propre pays.
Ils ne sont que 177 au milieu d'une immense armée, mais pendant quelques minutes, ce sont eux qui passent devant. Après quatre années d'exil, la côte française apparaît enfin devant Léon Gautier. Vers 7h30, les Français débarquent sur Sword Beach, près de Colleville-sur-Orne, qui est aujourd'hui appelé Colleville-Montgomery. Mais leur mission ne consiste pas simplement à sortir de la plage. Ils doivent avancer jusqu'à Ouistreham, prendre le central téléphonique et neutraliser une position allemande construite près de l'ancien casino. Le secteur a été transformé en une position militaire fortifiée qui est protégée par des armées allemandes. Dès les premières minutes, plusieurs hommes sont tués ou alors blessés. Philippe Kieffer lui-même est touché, mais les autres continuent d'avancer. Ils traversent les rues d'Ouistreham sous les tirs allemands. Un char britannique vient finalement les aider à neutraliser la position allemande et dans la matinée, leur premier objectif est atteint. Ils repartent ensuite vers l'intérieur des terres pour rejoindre les soldats parachutistes près de Pegasus Bridge. À la fin de cette première journée, dix hommes du commando sont morts et des dizaines d'autres sont blessés. Mais le débarquement n'était que le commencement. Pendant les 78 jours qui suivent, Léon et ses compagnons continuent de combattre à travers la Normandie.
Ils traversent les villages et le bocage normand. Ils dorment dans des tranchées, ils montent la garde, ils avancent jour après jour dans un pays qui est le leur, mais qui reste encore occupé. À la fin de la bataille de Normandie, sur les 177 hommes qui avaient débarqué, seuls 24 ne sont ni morts ni blessés. Et Léon Gautier fait partie de ces 24 hommes. Il a survécu au débarquement. Il a survécu aux 78 jours de combat et il est enfin rentré chez lui. Mais la partie la plus importante de son histoire ne se termine peut-être pas avec la guerre. Après la guerre, Léon reprend une vie normale. Il fonde une famille et travaille comme carrossier, puis comme expert automobile. Plus tard, il décide de revenir vivre à Ouistreham, tout près de la plage où il avait débarqué. Il raconte son histoire aux nouvelles générations et participe à la préservation de la mémoire du commando qui est fait. En 2014, lors du 70ᵉ anniversaire du débarquement, une image fait le tour du monde. Sur la plage d'Ouistreham, Léon Gautier prend dans ses bras Johannes Börner, un ancien soldat allemand qui avait lui aussi combattu en Normandie.
70 ans plus tôt, ces deux hommes auraient pu essayer de se tuer. Et ils sont maintenant deux vieillards qui se serrent la main devant les dirigeants du monde entier. Ce geste n'efface bien sûr pas ce qui s'est passé, mais il rappelle pourquoi il est important de transmettre cette histoire. Pas pour célébrer la guerre, mais pour comprendre le prix de la paix. Léon Gautier est mort le 3 juillet 2023, à l'âge de 100 ans. Il était le dernier survivant des 177 hommes du commando qui est fait. Quatre jours plus tard, un hommage national lui a été rendu sur la plage d'Ouistreham. Le président de la République était présent et la cérémonie s'est déroulée à l'endroit même où Léon avait retrouvé la France près de 80 ans plus tôt. D'ailleurs, si cette histoire te donne envie un jour de te recueillir à l'endroit exact où ces hommes sont rentrés chez eux, j'ai préparé un petit guide pour toi. Il s'appelle "Là où il est rentré chez lui" et à l'intérieur de ce guide, tu trouveras comment rejoindre le mémorial du commando qui est fait à Ouistreham et comment comprendre ce que tu verras sur place et quelques mots simples à utiliser pour exprimer ton respect en français.
Le lien pour récupérer le guide est juste en dessous de cette vidéo dans la description. Aujourd'hui, quand on pense au débarquement, on pense surtout aux soldats américains, britanniques, canadiens aussi. C'est normal, ils étaient des dizaines de milliers. Mais au milieu d'eux, il y avait aussi 177 Français venus libérer leur propre pays de leur propre main. Ce que l'histoire de Lyon nous apprend, c'est que ce matin du 6 juin n'a pas été vécu de la même façon par tout le monde. Pour un soldat venu de loin, Un soldat américain, par exemple, c'était une bataille sur une terre étrangère. Pour lui, pour Léon, après quatre ans d'exil, c'était bien plus simple et bien plus bouleversant que ça. Il rentrait enfin chez lui. Et il y a ici une nuance importante en français. On peut retourner dans une ville ou dans un pays. C'est un mouvement, un déplacement, mais lorsque l'on revient à l'endroit auquel on appartient, on dit que l'on rentre chez soi. Chez soi, ce n'est pas simplement une adresse, c'est l'endroit où se trouve notre maison, nos souvenirs et une partie de notre identité. Ce matin-là, Léon Gautier ne retournait donc pas simplement en France, il rentrait chez lui.
La prochaine fois que vous entendrez parler du 6 juin 1944, vous penserez peut-être à Léon à ce jeune homme de 17 ans qui a tout quitté pour un jour rentrer chez lui. Mais son histoire pose aussi une question plus profonde : qu'est-ce que rentrer chez soi lorsque les frontières et les pays eux-mêmes peuvent changer ? Eh bien, pour prolonger, continuer cette réflexion, je te propose maintenant de découvrir l'histoire incroyable d'une ville française qui a changé de pays cinq fois. Ces habitants sont parfois devenus français, puis allemands, puis français, à nouveau et sans jamais quitter leur maison. Tu peux cliquer sur la vidéo qui apparaît juste ici et on va continuer ensemble cette histoire de la France. Là.