Chaque soir, avant de se coucher, un homme remplit un verre d'eau. Et chaque matin, ce verre est vide et personne n'est entré dans la maison. Cet homme n'est pourtant pas seul, il en est certain. Et dans son journal, il pose la question qui le hante depuis des semaines. Est-il vraiment poursuivi ? Ou est-il en train de perdre la raison ? Cette Cette histoire s'appelle Le Horla et une première version paraît en 1886. Mais la version la plus célèbre, celle que nous allons découvrir, est publiée en 1887 sous la forme d'un journal intime. C'est une nouvelle relativement courte de quelques dizaines de pages, écrite par l'un des plus grands écrivains français, Guy de Maupassant. Et elle est encore considérée aujourd'hui aujourd'hui comme l'un des textes les plus troublants de la littérature française. D'ailleurs, avant d'aller plus loin, si cette histoire vous intrigue, restez bien avec moi jusqu'au bout, car je vous réserve, un peu plus tard, un moyen très simple d'entrer vous-même dans ce texte avec les mots exacts de Maupassant. Mais pour ça, il faut d'abord comprendre son histoire à lui. En 1887, Guy de Maupassant est au sommet de sa gloire. Il est élégant, admiré, sportif, un habitué des salons parisiens et des bords de Seine où il aime naviguer pendant des heures.
Ces nouvelles sont lues dans toute la France. Il gagne bien, très bien sa vie. Il reçoit des amis et personne, à l'époque, ne le voit comme un homme fragile. Aux yeux du public, il donne l'image d'un homme qui est solide, libre et sûr de lui. Et pourtant, cette année-là, il écrit Le Horla. L'histoire d'un homme comme lui, plutôt aisé, qui vit sans famille, mais entouré de domestiques dans une belle maison au bord de la Seine, près de Rouen. Un homme normal, raisonnable, presque heureux, jusqu'au jour où il commence à sentir qu'il n'est plus seul chez lui. Dans son journal, il note des détails de plus en plus étranges. Un soir, il remplit un verre d'eau et une carafe de lait avant de se coucher et le lendemain, le lendemain matin, ils sont vides. Pourtant, personne n'est entré dans la maison. Un autre jour, dans son jardin, il voit une rose se plier, puis se casser net, comme si une main invisible venait de la cueillir sous ses yeux en plein jour. Puis, la fleur s'élève seule dans l'air comme portée vers une bouche invisible avant de disparaître. Peu à peu, cette présence invisible semble vouloir le dominer.
Elle contrôle ses pensées, sa volonté, jusqu'à sa propre image. Un jour, devant son miroir, il ne parvient plus à voir son propre reflet et le narrateur donne un nom à cette présence: le Horla. Mais le narrateur ne veut plus seulement comprendre cette présence, il veut la détruire. Un soir, il ferme soigneusement toutes les portes et toutes les fenêtres de sa maison. Il est persuadé que le Horla se trouve à l'intérieur. Puis, il prend deux lampes, renverse toute leur huile sur le tapis et les meubles et il met le feu avant de s'enfuir. Il recule pour observer les flammes et pendant quelques instants, il croit avoir gagné. Mais soudain, il entend des cris et dans son obsession, il avait oublié ses domestiques enfermés à l'intérieur. Il aperçoit leur visage affolé aux fenêtres et comprend qu'il vient de les condamner. Et malgré cela, une pensée encore plus terrible apparaît. Le Horla est peut-être toujours vivant. Alors, dans la dernière phrase de son journal, le narrateur comprend qu'il ne lui reste peut-être qu'une seule solution: se tuer lui-même. Mais à ce moment-là, une question devient impossible à éviter: qui était réellement le monstre dans cette histoire ? C'est précisément ce doute qui fait du Horla une œuvre fantastique.
En littérature, le mot fantastique ne veut pas simplement dire étrange ou imaginaire. Ça désigne une histoire dans laquelle le personnage et le lecteur hésitent entre deux explications: le surnaturel ou alors la folie. Alors, le Horla, est-ce qu'il existe vraiment ? Ou assistons-nous simplement à la destruction progressive d'un homme qui perd le contrôle de son esprit. Malheureusement ou heureusement, Maupassant ne donne jamais de réponse définitive. Et comme tout est raconté dans un journal intime, nous ne voyons le monde qu'à travers les yeux du narrateur. À mesure que la peur grandit, son écriture devient plus nerveuse. Les questions, les répétitions et les exclamations se multiplient. Plus il cherche à nous convaincre, moins nous savons si nous pouvons encore lui faire confiance. Mais ce doute devient encore plus troublant lorsque l'on découvre que Maupassant avait lui-même commencé à connaître des troubles qui brouillaient ses propres perceptions. Depuis plusieurs années, Maupassant souffre de syphilis, une maladie grave et à l'époque, incurable. Au milieu des années 1880, sa santé se dégrade. Il souffre de migraines très violentes, de troubles de la vue et de crises d'angoisse. Dans les années suivantes, son état s'aggravera progressivement jusqu'aux hallucinations. Alors il est impossible de savoir exactement quelle part de ces symptômes a influencé l'écriture du Horla, mais les ressemblances entre les peurs de l'auteur et celles de son personnage sont difficiles à ignorer.
Selon un témoignage médical, rapporté après sa mort, Maupassant aurait un jour entendu la porte de son cabinet s'ouvrir. En se retournant, il aurait vu son propre double entrer dans la pièce, s'asseoir en face de lui, la tête appuyée sur une main, puis lui dicter les mots qu'il était en train d'écrire. Et lorsque Maupassant se serait relevé, l'apparition aurait disparu. Et c'est cet homme-là qui, un peu plus tard, écrit l'histoire d'un homme hanté par une présence invisible, une présence qui envahit sa maison, son esprit et son identité même. Ce n'était peut-être pas seulement de l'imagination, c'était peut-être un souvenir. Alors je pense qu'il serait trop simple de réduire le Horla au récit de sa maladie, mais derrière cette présence invisible, on peut sentir la peur très réelle d'un homme qui ne faisait plus entièrement confiance à ses propres perceptions. Alors, si cette histoire vous donne envie de lire ces mots exactement comme il les a écrits, je vous ai préparé une première entrée du journal du Horla dans un français qui est simple, avec les mots essentiels qui sont expliqués, tout ce dont vous avez besoin de manière très naturelle pour vous accompagner. C'est quelques minutes de lecture qui vont vous permettre d'entendre d'entrer dans ce texte vous-même sans avoir l'impression que c'est trop difficile.
Le lien est juste en dessous de cette vidéo dans la description. Dans les années qui suivent, l'état de Maupassant continue de se dégrader. En janvier 1892, submergé par la souffrance, il fait une tentative de suicide. Il est alors interné dans une clinique privée à Paris. Il y restera jusqu'à sa mort, le 6 juillet 1893, à l'âge de 42 ans, des suites de sa maladie. Aujourd'hui, relire le Horla avec ces éléments en tête change complètement la lecture. Ce n'est plus seulement une histoire de fantôme inventée pour faire peur, sans réduire cette œuvre à la maladie de son auteur, on peut aussi y entendre l'écho d'un homme brillant qui sentait peut-être sa perception de la réalité lui échapper et qui a choisi d'explorer cette peur à travers la littérature. La prochaine fois que vous entendrez le nom de Maupassant, vous penserez peut-être à cet homme assis à son bureau, transformant ses propres angoisses en l'une des histoires les plus troublantes de la littérature française. Mais le Horla ne montre qu'un seul visage de Maupassant. Dans la Parure, il ne raconte plus une présence invisible. Il raconte une femme, un collier perdu et un mensonge qui va lui coûter 10 années de sa vie.
C'est une histoire très différente avec l'un des retournements de situation les les plus célèbres de la littérature française. Si tu souhaites découvrir cette histoire, tu peux cliquer juste ici sur la vidéo.